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Nous marchons sur le toit du monde...
Thursday, March 18, 2004

La Photo en Lien

お寺

Il y a un petit temple bouddhiste ou j`adore venir quand le temps d`hiver le permet. Je m`y rends souvent pour lire, ou pour regarder les gens prier. Je suis athee mais j`adore voir les gens s`enfouir dans le creuset de leurs croyances. Je ne porte aucun jugement negatif a ce sujet, bien au contraire. Je suis souvent admiratif. Il s`agit la d`extrapolations...

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Un jour qu`il marchait paisiblement entre les allees du cimetiere de ce temple, Yan avait vu entre deux arbres flamboyants, un ouvrier d`une cinquantaine d`annees venir prier secretement. Il avait place un bouquet de batonnets d`encens devant le gigantesque Bouddha. Il etait presque midi et peut-etre cet homme travaillait-il pres du temple. Les mains poussiereuses et les cheveux en bataille, il deambulait maladroitement devant le petit autel ou une bougie a la flamme eternelle dansait comme un poisson qu`on aurait sorti de l`eau. Apres quelques rondes devant la statue, il revint pres de l`encens et entreprit d`allumer tous les batonnets. Yan s`etait approche et s`etait agenouille derriere une rangee de bambous d`ou il pouvait assister a la procession intime sans deranger.

Le vent faisait chanter les bambous. On eut dit des percusionnistes aux membres rouilles. Les melodies etaient un peu deconstruites mais tout ceci avait un charme inhabituel qui inspirait un subtil melange d`africanisme et de musique nippone. L`ouvrier restait devant la statue. Il se courba avec deference. Pres de dix minutes avaient passees quand le vent cessa de souffler. Le silence courut entre les grands arbres touffus et les bambous. La flamme de la bougie s`immobilisa. Yan respirait calmement. Inquiet a l`idee d`etre vu, il se ramassa encore, approchant son torse le plus possible de ses genoux. La lumiere du soleil faisait jouer des ombres inattendues sur le Bouddha et donnait une impression de mouvement unique. L`ouvrier cessa de se courber et regarda le Bouddha droit dans les yeux. Il resta ainsi quelques minutes avant de baisser les yeux, sans doute parce que sa nuque devenait douloureuse. Il partit ensuite laissant l`encens bruler.

Yan se releva et marcha jusqu`au devant de la statue. Le vent soufflait de nouveau et les bambous reprenaient leur andante avorte. Il jeta un oeil au Bouddha. Il n`avait plus l`air de bouger. Le sentiment que lui laissait ce souvenir etait agreable. Il avait epie un inconnu mais n`avait pas l`impression d`avoir viole une rencontre si capitale qu`elle se devait d`etre secrete. Il s`assit sur un tabouret en pierre qui se dressait un peu a l`ecart et allongea ses jambes. Il sortit une cigarette et l`alluma. Pendant les longues minutes ou la fumee de sa cigarette tournoyait dans l`air, il revit la scene et commenca a songer a cet ouvrier. Il essaya d`imaginer sa vie, sa famille, son enfance mais il en etait incapable. Tout le menait a des invraisemblances stupides. Il jeta sa cigarette. Il sortit un livre de Miyamoto Teru de son sac.

Izo

posted at 6:03 PM |

08 Novembre 2003

Plusieurs voies, plusieurs voix


Le jeu de mots est enfantin.


Ecrire... Pourquoi écrire ? Et pourquoi disposer de cet outil merveilleux sans la pudeur inhérente au travail sur soi. Quel charme sublime, ensemble d'impressions mâchées par le temps qui fuit, toujours plus avant, de secrets dont on déchire le scellé avec ardeur, de visages volés par les rétines, fixés dans l'oeil vieillissant... quel charme dis-je intervient dans le processus de cette écriture si fragile. Un rien peut faire vaciller l'esprit lorsqu'emprunt d'une énergie nouvelle, il se met en quête de réponses, étonnement construites autour d'un questionnement infini. Souvent condamné à disparaître, marginalisé après avoir été sacré. Sacrifice, sacralisation, sacré, sacripan ! Jeux de mots toujours. Aisés. Malhabiles.

Imaginez un monde sans écriture. Sans expression libre. Sans la rigueur imposée par les formes ou la liberté permise par la modernité. Imaginez un homme sans mains, ni pieds. Un homme qui n'aurait pas la possibilité d'employer la plume pour se diluer dans le réel. Ne pas être confronté au trop-plein. Pouvoir, excusez la crudité, cracher, vomir, éjaculer tout un monde de sensations. Trop vécues... rares... inutiles... refoulées... expulsées par une carotide tranchée. Symbole. Image. Jeux.

Il n'existe rien sans le jeu ici. Rien qui puisse ne pas être orchestré, interprété, composé... champs lexical. Tout ceci paraît si sommaire.

Ecrire... Comment écrire ? En silence. En musique. Sur l'autoroute qui flirte avec vos fenêtres et vos oreilles sensibles.

Ecrire... Quand écrire ? La nuit. Le jour. Pour attendre que le café refroidisse et ne brûle les lèvres. Pour éviter de trop aspirer la fumer qui, volubiles volutes, vous nargue depuis trop longtemps.

Ecrire... Tout simplement. Par que ça devient une nécessité. Une tribune libre au coeur de la liberté d'expression. Un lieu saint pour un athé désoeuvré ? Peut-être. Sûrement. Sans aucun doute. Indéniablement. Paradigme sans intérêt. Nerf de la passion. Ne pas avoir de prétexte. S'en cacher, en tous cas. Ne pas se taire sinon par la voix. Trouver sa voie en chemin de traverse ou sur l'échelle réglementée qui nous abolit. S'affranchir et rester pourtant esclave. Se démultiplier.

Les phrases deviennent des séquences. On assiste parfois à un plan-séquence et d'autres fois à de minuscules moments de faillibilité. On s'épanche lorsqu'on s'ennuie d'une voix qui n'a pas de tessiture. On écrit quand les mains tremblent ou gesticulent nerveusement sans raison publique. On chantonne sans rythme et sans refrain au moment où le coeur nous en dit, où la cervelle nous y force, où le toucher nous tente, où les yeux nous harcèlent.

Mais pourquoi se demander pourquoi ? Redondance ? Et s'il suffisait d'écrire. Juste comme ça. Sans y penser. Et oublier ce qu'on nous en dit, ce qu'on en pense, ce qu'on veut imaginer.

Ces mots ont un goût d'inachevé, et s'ils n'en ont pas le goût, ils en ont l'air.

Izo

posted at 5:49 PM |

05 Novembre 2003

np : Bonobo - Bluffer's Guide 2002 - Terrapin'


Ca fait déjà deux fois que je rencontre, par hasard, un jeune homme en fauteuil. Etonnement, moi qui suis souvent fuyant quand ce genre d'événements m'advient, je suis resté de marbre. Mes yeux devaient trahir initialement mon dégoût. Je pense que s'il ne m'avait pas flatter, je ne me serais pas pris d'amitié pour lui. Il ressemble à un film de Lynch ou à un personnage de Cronenberg. On le croirait tout droit sorti du film de Browning. Le plus drôle, dans l'histoire, c'est que la veille, j'avais vu un film sur Arte qui m'a donné l'impression d'être dans l'impasse des Freaks.

J'étais chez mon petit frère et vu que sa fiancée et lui avaient décidé de se coucher tôt, j'en avais profité pour regarder la télé. Je ne connais pas le titre du film. Ni même son auteur. Ce dont je me souviens, c'est que les images étaient crues. Filmées comme un reportage de vacances, réalisé en famille. Dénué de la pudeur supposée par le cinéma. Du cinéma vérité ? J'ai toujours eu de la difficulté à imaginer un cinéma qui ne soit pas fiction. Je dirais juste que ça ressemblait à une mauvaise reconstitution. Comme ces vidéos tournées lors des procès criminels. Il ne manquait plus qu'un gros grain à la Pasolini.

Pour en revenir à mon récit, le film se déroulait dans un asile (?), une pension (?) où vivotaient aléatoirement des handiccapés moteurs. Certains étaient passablement débiles, d'autres tout à fait extraordinaires... imaginez juste un bestiaire de l'Humain mais en chaise roulante pour schématiser. Saïd Taghmaoui incarnait le personnage le plus intéressant. Un jeune arabe plein d'ambiguités. Au fur et à mesure que le film avançait, on percevait aisément qu'il était homosexuel. Dans son rapport aux autres, dans la nécessité du toucher lors des échanges, dans l'excès obsessionnel parfois, dans sa candeur amoureuse, très attachante... l'anti-portrait de Christine Angot quand elle se sait hétérosexuelle et qu'elle joue les homosexuelles tiranniques (cf. L'Inceste). Je me suis beaucoup plus passionné pour cette histoire au coeur du croisement de vies que pour la pauvre bluette des valides. Les acteurs étaient bons, surtout Taghmaoui. On le sentait fébrile. Il était même drôle à certains moments, quand la pression devenait trop intense. L'histoire de sa conversion au catholicisme était outrageante mais, après tout, pour qui se fiche de la religion, elle n'avait rien de bien terrible. A demi endormi par le rythme lent du film, je m'étais concentré uniquement sur ce personnage, zappant en pensée les passages qui ne traitaient pas de lui.

C'est pourquoi, quand j'ai revu le jeune Mouhrad, je me suis posé tout un tas de questions inutiles mais qui me semblaient nécessaires. Je me suis souvenu tout de suite que je l'avais vu devant la Gare Lille Flandres. On oublie pas des physiques aussi difformes. Pourtant je le trouvais presque beau. Pas de cette beauté que la pitié inspire. Non, loin de là. Plutôt une beauté plastique inspirée par des tableaux horribles. Il avait le nez écrasé. La narine droite était d'ailleurs collée à la chair de sa joue droite. Ses yeux n'avaient aucune cohérence, ses paupières étaient abîmées. Ses dents, véritable oeuvre de forgeron forcené (désolé pour l'allitération), s'éparpillaient dans sa bouche, semblables à des monticules d'émail pourri. Ses bras ballants, ses jambes mortes, ses cheveux gras et collants, ses mains molles... je n'ai sans doutes jamais vu encore de portrait aussi détestable. Et pourtant, après quelques dizaines de minutes à discuter légèrement, avidement, gravement, continuum de sensations dans la conversation fragile entre deux inconnus, je me suis pris d'une sympathie sincère à son égard. Pour qui le regarderait sans y réfléchir, le pauvre donnerait envie de fuir.

Il m'a raconté son histoire, certainement mêlée de délires où une réalité fugitive devait intervenir, sommairement. Je ne peux décemment pas énoncer ce qu'il m'a conté. Ni même ce que j'ai pu lui répondre. Non par pudeur mais par souci de véracité. Je ne pourrai plus me souvenir des mots justes. Et la justesse dans ce type de situation est une nécessité. Elle ne peut pas ne pas être. Transcrire le lendemain trahirait l'histoire.

Pour conclure ce texte qui en gênera peut-être certains, j'aurais aimé pouvoir afficher une image. Je n'ai pas osé cependant le photographier. L'envie ne m'a pas manqué mais je ne me sentais pas capable d'oser. Un tel affront à la pudeur publique. Imaginez...

Toujours est-il qu'une fois encore, j'ai remercié le chemin sur lequel je marche. Je me suis trouvé chanceux là où de nombreux herres se seraient sentis agressés. J'ai été heureux qu'il viole mon imagerie de la beauté, qu'il joue les alternatives douloureuses, le monstre gavé d'humanité. Il aurait voulu nager dans mes yeux. Sa candeur d'enfant m'a profondément touché et l'horreur de son physique m'a amusé. Moi qui suis d'habitude si cynique, je me suis retrouvé comme ces feuilles détachées de l'arbre. Et je me fichais que le regard des autres m'écrase.

Izo
posted at 5:48 PM |

31 Octobre 2003

np : Chokebore - It's a miracle - Little Dream


Un jour comme les autres, dans une maison vidée de ces odeurs et sensations qui rendent malléable et sensible. Des heures sombres transmuées en silences infinis. Des coups de téléphone auxquels on ne répond pas, histoire d'oublier les voix. D'essayer de ne pas se souvenir du timbre et de la tessiture si particulière que chacun d'entre eux égrènent sans y prêter une attention soutenue.

On entend si souvent parler de diables, de démons qui scrutent, qui s'éveillent parfois pendant le sommeil, jouent des rêves comme un halluciné d'une cithare. On voit parfois écrit au hasard des pages des émotions amères, des humeurs vagabondes, nauséeuses. On lit des sourcils effrontés ou des bouches en coeur. On observe des démarches désarticulées et des pantins parcourus de soubresauts douloureux. On pense à ce qui se dit, s'écrit, se lit, se chante et la féerie disparaît quelques secondes après qu'elle est née d'un autre silence.

Les silences possèdent quiconque essaie de s'exprimer avec sincérité. C'est là tout le pouvoir de l'écrit. Pouvoir penser et parler sans ouvrir la bouche ni violer la tranquillité silencieuse.

Se taire... fermer les yeux... se boucher les oreilles... une espèce de petite mort. Dénuée de sens, la vie semble plus douce. Hermétique du quotidien. Pour souffler. Respirer. Sans bruit. Sans geste ni mouvement inutile. Pas de thorax qui se gonfle ni de poumons qui s'éventent.

Pouvoir réinventer les mots. Ne rien avoir à fiche de la syntaxe si prude. Se moquer des noms, usurper les adjectifs, substituer les souffles, les pauses, éteindre la ponctuation. Rythmer. Ne pas rythmer. Installer une paix céleste au coeur des mensonges. Pointer du doigt un mot qui se serait installer sans prévenir. Traître à évincer. Vite. Au risque d'être ridicule. Trop sincère.

Couper. Découper. Morceler. Remplacer. Effacer. Jeter.

La multitude des verbes qui s'applique à cette écriture participe de son honnêteté.

S'il me prenait l'envie de parler d'une amie victime des foudres, la symbolique fermée et sourde aux imprécations me laisserait au final seul juge de la matière à lire.

Rendre le texte si obscur que l'interprétation en deviendrait impossible. Ou alors, soumise à une subjectivité exacerbée. Libérée d'une compréhension unique. Affranchie. Volage. Ailée pour les rêveurs.

Les blogs sont cette matière. Vaine et pourtant si pleine de sens. Un pan ajouré d'une existence qui se dévoile selon des procédés uniques. Irréversibles. Chaque écriture devient une condamnation. Une sentence. En tire-t-on joie ou déshonneur ? Noms incompatibles ? A loisir, les mots s'épanchent, plus vite que le coeur et l'esprit.

S'il me prenait l'envie d'aborder cette marque indélébile qui m'écorche chaque jour, l'illustration et l'imagerie qui lui seraient adjointes empêcheraient quiconque de deviner de quoi il s'agit. Trop épris de sa propre traduction. D'une procédure d'adaptation individuelle et personnelle.

Systématiser. Automatiser. Mécaniser. Tuer. Egorger. Amputer.

Multiplicité. Incompréhension.

Mais tout cela, est-ce si creux en définitive ?

De David Bowie à Sparklehorse. De Debussy à Beethoven. Ce qui compte le plus, est-ce le chant ou le sens ? La symbiose ou la signification brute ? Affichée dans cet habit propre. Et le bâtard ? A dénigrer ?

A Bulle.

A bientôt je l'espère, sur un blog ou ailleurs. Dommage que je n'ai pu te lire plus.

posted at 5:47 PM |

23 Aout 2003

今日の手紙


Aujourd'hui, j'ai encore eu la chance de recevoir deux lettres de mes amis. J'adore recevoir des lettres. Je ne sais pas pourquoi d'ailleurs mais la sensation entre 25 mails par jour et 1 lettre dans la semaine me fait donner indubitablement la faveur à la lettre manuscrite. Une lettre est toujours empreinte de voyage. Elle sent l'envie d'écrire ou la paresse surmontée. Elle évoque la chaleur d'une écriture précise et attentive ou l'empressement d'une main ennuyée. Si je pouvais me regarder lisant une lettre, je pense que je serais encore plus heureux. Il y a cette idée de l'attente. La longue attente de l'impatient guettant chaque jour une main glissée dans la fente de la boîte aux lettres.

Peu importe la forme, la couleur ou le ton que dégage l'enveloppe, bien que tout ceci participe à l'émerveillement premier et peu importe la longueur de la lettre, bien que le plaisir soit souvent multiplié... seule la sensation unique de tenir une lettre dans ses mains compte. Ecrire une lettre est la plus belle preuve d'amitié ou d'amour. A mes yeux...

Ca n'a rien à voir avec la traditionnelle carte postale contant les vacances, avec des phrases moulées et inscrites dans l'esprit l'année durant. Je ne nierai pas que certaines cartes postales ont un goût savoureux à la lecture mais elles dégagent inévitablement une impression d'inachevée. Les cartes postales ne sont pas écrites. Elles sont juste traversées de mots. Ils tombent comme des grains de sable sur une serviette, sans le vouloir et sont juste portés par le devoir ou le besoin, jetés par le vent des conventions.

Ce matin j'ai reçu deux lettres... Je l'ai déjà dit certes mais je suis fier de le répéter. Elles sont toutes deux sublimes. Totalement différentes l'une de l'autre. Le contenu varie d'une lettre à l'autre, d'un pays à l'autre, d'un sexe à l'autre... chaque lettre en devient unique.

L'une d'elle est vraiment déchirante. Un ami qui vous confie que la vie ressemble au parachévement de la solitude, à une traversée du vide dont la seule sagesse exploitable est que "le monde attend chacun de nous".

"Il n'y a pas de mot pour dire ces choses. Je continue à croire que nous ne sommes que des solitudes, certes, mais il est indéniable que le monde nous attend".

Aussi lourds de sens que puissent être ces mots, ils vous emplissent comme un parfum entêtant et vous submerge d'un plaisir confus. Ces mots imposent la douleur d'une blessure cuisante mais aussi l'idéal d'un esprit couché sur le papier. Partager l'intimité d'une vie, la lire, l'éprouver et la sentir vous transformer, ne serait-ce qu'un peu... si la vie ne pouvait être que parsemée de tels instants de bonheur et de cette beauté humaine si rare.

Jamais je ne cesserai d'écrire des lettres. Et j'espère que jamais je ne cesserai d'en recevoir. C'est ainsi qu'on comprend que le monde possède différents niveaux de lecture. Ô combien enivrants.

Izo

posted at 5:45 PM |

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